Kessel

En (thr)utopie, le soleil n’est pas toujours de la partie

Célébrons les utopies réelles, ou Thrutopies, avec leurs nuages gris aussi.

Tanguy de Nimbus Factoy
3 min ⋅ 03/06/2026

Je suis à bout de souffle. J'ai du sable collé à la sueur de mon dos. Ma respiration ralentit au rythme des vagues que je vois se briser sur la plage. Les reflets de lumière dorée sur l'eau m'éblouissent. Quelques minutes de mouvement sur la plage dessinent un sourire sur mon visage et réveillent une petite boule profonde dans mon ventre. Je sens les larmes pointer. Mon enfant intérieur frappe à la porte.

Comme je suis encore en train de récupérer de ce mois de mai, je ne m'aventurerai pas aujourd'hui dans les méandres de ma psyché. Aujourd'hui je te raconte comment la semaine que nous avons passée entre membres du club Nimbus a questionné ma vision des utopies.

Semaine de “Team building” du club Nimbus

Pour la première fois, nous nous sommes réuni·es, les 3 membres de Nimbus, pendant 3 jours à la frontière entre la Galice et le nord du Portugal, là où je vis avec Claudia.

L'objectif était d'organiser la dernière ligne droite de l'année avec la Fête solaire que nous organisons avec le Slow Lab à Barcelone, ainsi que la production de notre carnet d'exploration de soi créatif.

Nous collaborons depuis des mois tou·tes les trois à distance. Nous ne nous étions vu·es qu'une seule fois en personne, Clémence et moi, en novembre, pour fixer les intentions de notre association naissante. Clémence et Claudia ne se connaissaient pas en personne… Cette semaine a donc été bien plus qu'une rencontre opérationnelle, comme tu peux l'imaginer.

Au programme (bien chargé) : beaucoup d'enthousiasme et… d’anxiété. En tout cas pour moi.

Et moi, je peux pas profiter de notre cour de récré ?

J'ai noté ma tension depuis la première promenade en forêt jusqu'au dernier petit-déjeuner au soleil. J'observais mon "père normatif" à chaque réunion. J'ai vu aussi "le Sauveur" ainsi qu’"Exi", mon exigence… Dans ma tête, cette agora de parties de moi tournait à plein régime.

Nous avions peu de temps et beaucoup d'attentes. Je voulais concrétiser les 2 plus grands projets de l'année et nos services individuels.

Nous n'avions pas communiqué clairement nos intentions et ma “schizophrénie”, bien consciente mais non exprimée, a beaucoup pesé sur l'équipe.

Je me voyais gâcher l'ambiance et j’en ressentais une forte honte. Je l'ai contenue et elle s'est transformée en déconnexion, tension et omnipotence. Je prenais tout très au sérieux ; j'ai oublié de jouer et de profiter des ateliers ainsi que du panorama magnifique du Minho et de l’océan.

Je pense toujours que j'aurais pu le vivre bien plus légèrement… Mais je suis aussi reconnaissant envers ces parties de moi qui m'ont informé que quelque chose devait être partagé.

Entre le tremblement, la boule dans le ventre, les couteaux dans la gorge et la mâchoire serrée… ma frustration a pu s'exprimer en 3 moments. Dire que ces conversations ont été désagréables serait un euphémisme, mais elles se sont révélées être les plus transformatrices du séjour.

La dernière fois que, malgré la peur, tu as dit quelque chose de difficile mais d'important pour toi, c'était quand ? Et comment tu te sens maintenant ?

En (Thr)utopie, le temps n’est pas toujours radieux

Aux utopies, je préfère les Thrutopies. C'est moins idéalisé, plus honnête avec l'imperfection et ancré dans le présent. La thrutopie est une vision d'avenir ambitieuse mais enracinée dans le présent. Elle trace des chemins concrets et possibles vers un monde dont nous pourrions être fiers, sans nier la réalité ni l'idéaliser.

Les rencontres avec des attentes créatives et humaines, tant au niveau personnel que collectif, sont des lieux de grande vulnérabilité.

Ce qu'il y a de bien avec la proximité, c'est qu'elle permet de se prendre les mains pour dire des choses désagréables. Dans un triangle (dans notre cas), les dynamiques s'autorégulent et chacun peut avoir son espace.

Cette frustration latente aurait pu sortir plus tôt, lors d'un de nos "points feedback" (c'est d’ailleurs arrivé, mais peu). Au final, j’ai décidé de tout lâcher lors de cette semaine symbolique.

Ce fut une libération pour moi, un allègement du poids. J'ai ressenti liberté, soulagement, autodétermination et confiance en mon pouvoir d'éclairer les potentiels et talents depuis la fermeté et l'affection.

Pour Clémence et Claudia, ce fut un moment pour exprimer des besoins. Je n'en dis pas plus ici parce que seules elles sauront comment elles l'ont vécu.

Pour toute l'équipe, ce fut l'occasion de réaffirmer nos intentions personnelles et collectives, de redéfinir nos responsabilités, de renouveler la confiance en chacun et de rentrer chez nous avec foi dans le processus et dans ce club si beau que nous sommes en train de créer.

Nimbus est une fabrique de rêves et de (thr)utopies, oui. Cela ne veut pas dire nier les émotions "désagréables", ni fuir face à elles. Au contraire, nous les célébrons. Oui, nous avons peur de dire nos vérités intimes, d’exprimer qui nous sommes avec tout ce qu’il y a de “beau et de moche”. Mais nous le faisons depuis l'espace que nous créons à cet effet.

Une thrutopie n'est pas seulement un petit monde d'oursons en peluche, d'amour et de fleurs. C'est un écosystème complexe qui nourrit de grandes valeurs et des objectifs ambitieux. En voulant créer de nouvelles règles de coopération, nous nous heurtons à nos habitudes et à nos ombres.

Pour que cet espace perdure, cette ombre a besoin de venir à la lumière.

Ce qui génère la séparation et la violence en dystopie permet de renouveler des engagements et de croire en un avenir commun en thrutopie.

Ce club est là pour favoriser l'expression de nos aspirations, rêves et talents les plus profonds. Cette mission vaut autant pour les jours de soleil que pour les jours de nuages gris dans le ciel (toujours bleu) de nos utopies.

À bientôt,

Tanguy

Tanguy de Nimbus Factoy

Par Tanguy de Nimbus Factory